Portrait officiel de l'artiste Monia Chokri lors d'un festival de cinéma québécois.

Monia Chokri: L’Artiste Qui Réinvente le Cinéma Québécois

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Monia Chokri, on la connaît. Ou du moins, on pense la connaître. Actrice fétiche d’un certain Xavier Dolan, puis réalisatrice à la patte bien trempée, elle a su imposer son style, sa vision. Fini le temps où elle était juste « la fille de Dolan ». Aujourd’hui, on parle de la cinéaste qui a raflé le César du meilleur film étranger avec *Simple comme Sylvain*, après un Coup de Cœur à Cannes pour *La Femme de mon frère*. C’est dire. Elle n’est pas là pour faire de la figuration, ni pour nous servir du cinéma tiède. Non, Monia Chokri, c’est l’art de l’inconfort, de la gêne, de cette vérité qu’on préférerait souvent éviter. Et c’est justement ça qui nous plaît.

En bref

  • Réalisatrice primée — Coup de Cœur à Cannes pour *La Femme de mon frère* (2019), César du meilleur film étranger pour *Simple comme Sylvain* (2024).
  • Actrice accomplie — Collaborations marquantes avec Xavier Dolan (*Les Amours imaginaires*, *Laurence Anyways*) et rôles variés.
  • Thèmes de prédilection — Relations humaines complexes, quête d’identité féminine, désillusions amoureuses, le tout avec un humour incisif.

De l’Écran à la Réalisation : L’Ascension d’une Voix Unique

Monia Chokri, on l’a d’abord vue. Impossible de l’oublier, d’ailleurs. Son visage, ses expressions, cette capacité à incarner des personnages à la fois drôles et profondément touchants. Elle débarque, fraîchement diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2005. Et puis, la rencontre qui change tout, ou presque : Xavier Dolan. Deux films suffiront pour la graver dans nos mémoires : *Les Amours imaginaires* en 2010, où elle campe Marie, l’amie un peu jalouse, un peu paumée, mais tellement stylée, face à un amour impossible. Et *Laurence Anyways* en 2012, où son rôle de Stéfanie, la sœur de Fred, est plus en retrait, mais pas moins percutant. Ces rôles, disons-le, l’ont exposée. Ils lui ont donné une visibilité internationale. Une bonne école, aussi, pour observer un cinéaste à l’œuvre.

Mais la scène, le jeu, ça ne suffisait pas. Clairement. Il y avait une urgence à raconter ses propres histoires. À mettre en scène ses propres névroses, ses propres observations du monde. Et ça, c’est la marque des grands. Le passage derrière la caméra, ce n’est pas juste une lubie d’actrice qui s’ennuie. C’est une nécessité artistique. Un besoin de contrôle, peut-être, mais surtout de donner vie à une vision. Et quelle vision ! On l’a sentie venir, cette voix. Cette envie de bousculer un peu les codes, de ne pas se contenter des clichés. Car Monia Chokri, elle a un truc bien à elle.

La Patte Chokri : Décryptage d’une Esthétique Singulière

Parlons-en, de cette « patte Chokri ». C’est un mélange détonnant d’humour, d’une certaine mélancolie, et d’une capacité rare à filmer l’ordinaire avec une acuité désarmante. L’angle qu’on a choisi ici, l’« esthétique de l’inconfort amoureux », c’est exactement ça. Elle excelle à nous montrer ce qui cloche dans les relations, ce qui gratte, ce qui gêne. Les silences pesants, les remarques maladroites, les attentes déçues. On rit souvent jaune devant ses films, mais on rit. Et surtout, on se reconnaît. C’est le miroir de nos propres failles, de nos propres galères sentimentales.

L’Art de l’Inconfort Amoureux : Humour, Gêne et Authenticité

Monia Chokri ne cherche pas le grand amour romantique, le conte de fées à l’eau de rose. Loin de là. Elle déconstruit. Elle montre comment l’amour, l’amitié, la famille, tout ça, c’est un bordel pas possible. Elle met en scène des situations où les personnages se débattent avec leurs désirs, leurs peurs, leurs contradictions. C’est terriblement honnête. Parfois brutal. On pense à Sophia dans *La Femme de mon frère*, qui gère mal l’arrivée de l’amour dans la vie de son frère, ou à la relation toxique mais hilarante entre Anne et son mari dans *Babysitter*. C’est ça, l’inconfort. Cette tension palpable, ce malaise qu’on ressent, mais qui nous pousse à regarder, à réfléchir.

Elle filme la gêne avec une précision chirurgicale. Les faux-pas relationnels, les non-dits qui pourrissent tout, les tentatives désespérées de paraître normal alors qu’on est au bord de la crise de nerfs. Ses dialogues sont ciselés, souvent incisifs, pleins de sous-entendus. Mais derrière l’humour, il y a toujours une couche de douleur, de solitude. C’est ce contraste qui rend ses films si puissants. Elle ne juge pas ses personnages, elle les observe avec une bienveillance mordante. On se sent moins seul en voyant ces gens se vautrer dans leurs propres contradictions. C’est un cinéma qui fait du bien, paradoxalement, car il normalise l’imperfection.

La Direction d’Acteurs : Au Cœur des Relations Humaines

Sa formation d’actrice, sa propre expérience du jeu, c’est évidemment un atout majeur. Elle sait ce qu’elle demande. Elle sait comment l’obtenir. Elle est capable d’extraire des performances incroyablement nuancées de ses acteurs. Des regards, des gestes, des intonations qui en disent plus long que des pages de dialogue. On sent que chaque acteur est dirigé avec une grande liberté, mais aussi une grande exigence. Elle capte l’essence de l’imperfection humaine, ce qui rend ses personnages si crédibles, si réels.

Pensez à Magalie Lépine-Blondeau dans *Simple comme Sylvain*. Elle incarne cette femme tiraillée entre l’intellect et la passion avec une justesse folle. On y croit. On ressent sa confusion, son désir, sa culpabilité. Monia Chokri, elle, ne se contente pas de montrer des personnages. Elle les *fait exister*, avec leurs doutes, leurs faiblesses, leurs moments de grâce éphémères. C’est une réalisatrice qui aime les acteurs, ça se sent. Et ils le lui rendent bien.

Filmographie Clé : Les Œuvres Qui Définissent Monia Chokri

Chaque film de Monia Chokri est une nouvelle pierre à l’édifice de son style. Trois longs-métrages, trois explorations différentes des relations humaines, toujours avec cette touche si particulière.

La Femme de mon frère (2019) : L’Éclat d’un Premier Coup de Maître

Son premier long-métrage, et déjà un coup de maître. *La Femme de mon frère* nous plonge dans la vie de Sophia, une jeune femme brillante mais un peu perdue, qui vit en colocation avec son frère Karim. Leur relation est fusionnelle, presque incestueuse dans son intensité émotionnelle. Et puis, il y a l’irruption de l’amour dans la vie de Karim. Mère de famille, Hélène est tout ce que Sophia n’est pas. C’est le début d’une jalousie féroce, d’une crise existentielle pour Sophia. Le film explore la fraternité, la jalousie, l’émancipation, mais surtout, cette difficulté à lâcher prise, à laisser l’autre vivre sa vie. Le Coup de Cœur du Jury à Cannes, ce n’était pas un hasard. C’était la reconnaissance d’une voix nouvelle, audacieuse.

Chokri y filme l’attachement avec une tendresse certaine, mais aussi la toxicité latente. La scène où Sophia essaie maladroitement de séduire l’amie de sa belle-sœur, c’est du pur inconfort. On sent la gêne, la maladresse. On rit, mais on compatit aussi. C’est l’essence même de son cinéma : on est à la fois amusé et un peu mal à l’aise.

Babysitter (2022) : La Subversion des Codes

Avec *Babysitter*, Monia Chokri pousse le curseur encore plus loin dans la satire sociale et la subversion. C’est l’histoire de Cédric, viré pour une blague sexiste, et de sa compagne Jean. Pour l’aider à se racheter, Jean lui suggère d’écrire un livre féministe. Et puis, il y a la babysitter, une femme fatale qui vient bouleverser leur quotidien. Le film est

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Monia Chokri en interview pour un média, discutant du cinéma québécois et de son travail.
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